Auteur : Frédérique Briard
Date de saisie : 12/04/2008
Genre : Musique, Chansons
Editeur : Ed. des Arènes, Paris, France
Prix : 20.00 ¤ / 131.19 F
ISBN : 978-2-35204-053-8
GENCOD : 9782352040538
Sorti le : 03/04/2008
La présentation de l'éditeur
Marchant dans les traces d'illustres aînés le Jamaïcain Bob Marley ou le Nigérian Fela Anikulapo Kuti -, Tiken Jah Fakoly a su forger une musique de combat proche du peuple.
Sensible au sort des opprimés, il est la voix qui tonne contre la Françafrique, la corruption et le néocolonialisme de l'Occident.
Pour la première fois, un ouvrage - riche de multiples anecdotes et de photographies inédites - éclaire le parcours de Tiken. A travers son histoire personnelle et le sillon de ses albums, c'est une autre Afrique, optimiste et conquérante, qui prend résolument la parole.
Frédérique Briard est journaliste à Marianne depuis 2000. Spécialiste des musiques africaines, elle suit Tiken Jah Fakoly depuis plusieurs années et l'a accompagné lors de plusieurs voyages en Afrique.
Les premières lignes
ÊTRE OU NE PAS NAÎTRE GRIOT
En Afrique on ne devient pas griot, on l'est par la naissance et ce statut se transmet de génération en génération. Détenteur de la mémoire et de la tradition, garant du bon fonctionnement de la communauté, en d'autres temps laudateur et porte-parole des rois, le griot fut longtemps la clé de voûte de la société africaine. Rien ou presque ne se décidait sans lui. Il était à la fois médiateur - se chargeant de régler les conflits ou servant de lien entre le souverain et son peuple - et conservateur - étant l'unique dépositaire de l'Histoire et de la généalogie des familles, dans une société où l'écriture n'existait pas. Véritable ciment social, bâtisseur du présent s'appuyant sur le passé, son pouvoir, alors, était immense.
Sa parole, chantée et souvent accompagnée d instruments, faisait autorité, et sa maîtrise du verbe n'avait pas son pareil. L'avènement du griot (également appelé djeli dans le pays mandingue) remonte au XIIIe siècle, avec Balla Fasséké, qui était le griot de l'empereur Sundjata Keita - lui-même fondateur de l'Empire mandingue. De nos jours, le rôle du griot a perdu de son prestige et s'est banalisé. Beaucoup se sont mués en «griots alimentaires», comme Tiken Jah Fakoly les qualifie : prêts à chanter pour le premier venu dans le seul but de récupérer quelques billets.
À sa manière, quitte à s'affranchir de la tradition, Tiken Jah Fakoly est devenu griot sans l'être par la naissance. Il est un griot «de circonstances», comme il aime à se définir, car dans sa famille on ne naît pas griot. «À la fin du XIXe siècle, explique Tiken, mon arrière-grand-père, Walidji Doumbia, un forgeron, vivait dans ce petit village, Gbeleban, à la frontière de la Guinée et de la Côte d'Ivoire. Un jour, le grand chef de guerre Samory Touré est venu enrôler les hommes du village et "le Vieux" s'est retrouvé seul, en charge de veiller sur les maisons désertées. Pour effrayer les bêtes sauvages qui rôdaient, il lui fallait animer les lieux, faire du bruit. Il a alors créé un orchestre familial, entouré de ses enfants qui l'accompagnaient aux percussions et au chant, et il s'est improvisé griot. Voilà comment les circonstances ont fait de moi le descendant d'un griot !»
Le griot du peuple
Cent ans plus tard, cet héritage est toujours vivant, ancré dans les chansons de Tiken, dans sa façon de manier le verbe et de rapporter l'Histoire de son continent, encore trop souvent oubliée. «Chez Tiken, la tradition orale est très prégnante, confirme Sophie Gros, son manager. Il a un rapport à la parole très différent de celui que nous connaissons en Occident. Au quotidien, avec lui, tout ce qui est papier se perd ! Par contre, ce qui est dit ne sera jamais oublié.» Dans les propos de Tiken Jah Fakoly, l'impact des mots est indéniable : dépouillé et imagé, son langage, où rien n'est formulé par hasard, n'en est que plus riche de significations. Tiken a le sens de la formule, celle qui fait mouche et interpelle. «C'est le roi de la phrase-clé, résume Sylvain Taillet, son directeur artistique chez Barclay. Il a cette simplicité très africaine qui consiste à faire passer un message sans artifices. C'est simple et fort, car ça doit l'être pour être compris de tous.»